De la terre au ventre
«L'agriculture, c'est en quelque sorte ce qui a bâti le Québec, mais les terrains se vendent chers et les fermiers vendent leurs terres à rabais.» C'est ce qu'une québécoise travaillant au royaume de la cacanne m'a dit récemment. «On est dans l'ère des fruits et des légumes bio, on s'intéresse à ce qu'on mange, mais d'où viennent ces produits là?»Dans les années 60, il y avait environ 140 000 fermes au Québec. Maintenant, nous en comptons environ 26 000. Selon le budget proposé par Monique Jérôme-Forget hier, le gouvernement a l'intention d'injecter 60 millions de dollars en 5 ans dans le secteur de l'agriculture. Mais selon Benoit Girouard, porte-parole de l'Union Paysanne, seulement 20% des agriculteurs se partagent 80% des subventions agricoles. Il y a près de 60% des agriculteurs qui ne recevraient aucun soutien de l'État et qui, par le fait même, auraient un accès limité au marché.
Actuellement, 60% des revenus des fermes proviendraient de l'extérieur. Les conjoints se trouvent des emplois à l'extérieur de la ferme. Les fermiers, quant à eux, se trouvent un emploi l'hiver, car malgré leurs semaines de 60 à 70 heures l'été, ils n'arrivent plus à faire vivre leur famille en se fiant uniquement à leur agriculture.
Selon une étude de Santé Canada le taux de suicide en agriculture serait deux fois plus élevé que dans la population en général. Détresse psychologique, niveau de vie précaire, endettement: le paradoxe est grand lorsqu'on considère que certaines fermes valent un million de dollars. Elles sont vendues par morceaux, une solution que les fermiers doivent envisager avant de tout perdre.
Les produits biologiques et la diversité ne sont pas soutenus financièrement par l'État. À petite échelle, il arrive bien souvent qu'elles ne se qualifient pas pour recevoir des subventions. Ces fermes ne sont pas assez grandes, elles n'ont pas le minimum de têtes de bétail requis. Elles n'ont alors qu'un moyen pour survivre: le prix supplémentaire que vous payez pour votre panier d'épicerie lorsque vous achetez bio et local.
| Publié par Josianne Massé à 15H00 |
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